septembre 27, 2026
découvrez comment deux lexus déformées par la torsion se transforment en sculptures automobiles spectaculaires, entre design et art mécanique.

Deux Lexus déformées par la torsion se métamorphosent en sculptures automobiles

Deux Lexus transformées en sculptures automobiles par MSCHF

Avec MOTOMORPHOSIS, Lexus confie deux SUV électrifiés au collectif artistique new-yorkais MSCHF et bouleverse leur apparence comme leur fonction. Présentées à New York dans le cadre de l’Armory Week, ces pièces grandeur nature donnent l’impression d’avoir été étirées ou pliées dans un logiciel de modélisation 3D. Pourtant, il ne s’agit pas d’images de synthèse : ce sont de véritables carrosseries transformées en œuvres physiques.

Le projet réunit deux modèles bien identifiables : le Lexus RZ 450e, SUV entièrement électrique, et le RX 450h+, un hybride rechargeable. Le premier devient Circle Car, dont la silhouette se referme en une boucle presque complète. Le second, appelé Twisted Car, semble avoir été saisi à ses deux extrémités puis essoré autour de son centre. Ces noms décrivent directement le geste artistique, mais aussi la manière dont chaque pièce détourne les attentes liées à l’automobile.

Pour une visiteuse fictive, Camille, habituée aux salons automobiles où l’on compare autonomie, confort et équipements, la rencontre avec ces formes serait déroutante. Elle reconnaîtrait certains détails des Lexus, mais ne pourrait plus imaginer les conduire. Les proportions familières ont été poussées jusqu’à l’absurde : roues, vitres et éléments de carrosserie semblent obéir à une logique nouvelle, où la fonction cède la place à l’expression.

La présentation met également en regard les œuvres et les véhicules de série qui leur ont servi de référence. Ce face-à-face aide à comprendre l’ampleur de la métamorphose : une voiture conçue pour transporter des personnes devient un objet destiné à être observé sous plusieurs angles. L’installation artistique joue ainsi sur une opposition immédiate entre l’usage quotidien et la création spectaculaire.

En programmant l’exposition pendant l’Armory Week, rendez-vous new-yorkais consacré à l’art contemporain, Lexus place ces modèles dans un contexte différent de celui d’un concessionnaire ou d’un salon de mobilité. La marque ne présente pas ici une évolution technique prête à commercialiser, mais une interprétation visuelle de ses véhicules. Le premier choc vient donc de cette bascule : deux SUV reconnaissables, mais désormais pensés comme des sculptures automobiles.

deux lexus ont été transformées par la torsion en sculptures automobiles étonnantes, où les lignes élégantes de la marque prennent une forme spectaculaire.

Circle Car et Twisted Car : deux formes de torsion impossibles

Les deux œuvres ne proposent pas une seule manière de déformer une voiture. Circle Car transforme la longueur du RZ 450e en une trajectoire presque fermée, comme si l’avant et l’arrière avaient été rapprochés jusqu’à composer un anneau. Cette forme évoque à la fois le mouvement continu et l’impossibilité pratique : la carrosserie paraît suggérer un parcours sans fin, alors que le véhicule ne peut plus avancer sur une route.

Twisted Car adopte une stratégie différente. À partir du RX 450h+, la sculpture semble appliquer une torsion autour d’un axe central, comme un tissu que l’on aurait essoré. La partie médiane devient le point de tension visuel, tandis que les extrémités paraissent avoir résisté à une force invisible. Cette déformation donne l’impression que le métal et les panneaux se plient avec une souplesse inhabituelle, même si la pièce achevée est rigide.

Pour Camille, imaginer le geste inverse aide à saisir le travail de composition : il faudrait partir d’un SUV fonctionnel, puis décider quelle partie étirer, courber ou faire pivoter afin que la silhouette reste lisible. Trop peu de transformation produirait une voiture simplement cabossée ; trop de changements effaceraient toute référence au modèle initial. L’intérêt repose précisément sur cette frontière fragile entre reconnaissance et étrangeté.

Quand le design devient une expérience visuelle

Le design automobile s’appuie habituellement sur des contraintes : accueillir des passagers, protéger les occupants, intégrer des roues et permettre la circulation. MSCHF renverse ces priorités. Les proportions ne sont plus évaluées à l’aune de l’aérodynamisme ou de l’ergonomie, mais selon leur capacité à surprendre le regard et à faire naître une question : à quel moment une voiture cesse-t-elle d’être une voiture ?

La réponse n’est pas seulement formelle. Les formes circulaires et torsadées évoquent les animations où un objet se comprime puis s’étire, mais les transposent à l’échelle réelle. Une déformation numérique peut sembler instantanée et légère ; sa traduction en volume oblige au contraire à considérer le poids, les assemblages et les contraintes matérielles. C’est cette rencontre entre illusion et matière qui donne aux pièces leur présence physique.

Les noms des œuvres servent alors de repères dans la visite, tandis que les véhicules de série permettent de mesurer l’écart. La boucle de Circle Car et l’axe de Twisted Car ne sont pas de simples effets décoratifs : chacun devient la règle autour de laquelle l’objet entier s’organise. La torsion n’efface pas le design d’origine ; elle le rend étrange en le poussant jusqu’à sa limite.

Comment MSCHF fabrique ces sculptures automobiles en métal

La spectaculaire apparence des Lexus pourrait faire croire à une retouche numérique agrandie. La fabrication décrite pour MOTOMORPHOSIS suit pourtant un processus matériel : des armatures en acier servent de structure, puis des milliers de fragments de carrosserie sont assemblés sur cette base. Le mastic et la peinture unifient ensuite la surface et donnent aux sculptures leur aspect final.

Cette méthode révèle un paradoxe central de l’œuvre. À distance, les lignes semblent fluides, presque molles, comme si le véhicule avait été modelé dans une matière souple. En s’approchant, le visiteur découvre une construction faite d’éléments solides et d’un travail d’assemblage complexe. La sensation d’élasticité est donc produite par des matériaux qui, eux, ne se comportent pas comme du caoutchouc ou de la pâte à modeler.

On peut imaginer la difficulté de conserver assez d’indices pour reconnaître un Lexus tout en modifiant ses proportions de façon radicale. Les fragments doivent suivre une nouvelle géométrie sans rendre la surface incohérente ; les courbes doivent paraître voulues, et non accidentelles. L’armature fournit le squelette de la forme, tandis que les morceaux de carrosserie et les finitions construisent l’illusion d’un véhicule plié d’un seul geste.

Du véhicule de série à l’objet d’exposition

Le contraste entre matériau et apparence transforme aussi la lecture du véhicule. Dans une voiture classique, la carrosserie protège et enveloppe un ensemble mécanique conçu pour fonctionner. Ici, elle est réorganisée pour composer une masse sculpturale. Le métal n’est plus seulement au service de la conduite : il devient une composante expressive, capable de rendre visible une force imaginaire.

Cette logique rappelle des pratiques bien établies de l’art contemporain, où des objets industriels sont déplacés de leur contexte habituel pour être regardés autrement. Une chaise peut devenir une installation, un outil peut être exposé comme une forme, et une voiture peut perdre sa mobilité sans perdre toute son identité. Dans le cas présent, la marque et les modèles restent reconnaissables, ce qui rend le détournement particulièrement lisible.

Le processus montre également que la créativité ne réside pas uniquement dans l’idée initiale. Elle dépend de la traduction de cette idée en volume, de la sélection des pièces, de la construction du support et du soin apporté à la finition. L’illusion d’une carrosserie souple naît d’un patient travail sur des matériaux rigides. C’est cette matérialité qui distingue les œuvres d’un simple rendu visuel.

Œuvre Modèle de référence Transformation Effet recherché
Circle Car Lexus RZ 450e Silhouette refermée en boucle Évoquer un mouvement circulaire impossible
Twisted Car Lexus RX 450h+ Torsion autour de la partie centrale Donner l’impression d’un SUV essoré

Des Lexus qui ne rouleront plus : l’usage remplacé par l’art

Une fois transformées, les deux Lexus ne sont plus des véhicules capables de circuler. Elles ne sont pas homologuées pour la route et leur géométrie empêche tout usage automobile normal. Leur déplacement exige de grands fourgons, comme pour des œuvres monumentales que l’on transporte d’un lieu d’exposition à un autre plutôt que comme des voitures que l’on conduit.

Cette perte de fonction est essentielle au projet. Une automobile est généralement jugée selon ce qu’elle permet : se déplacer, transporter des passagers, offrir une certaine autonomie ou répondre aux besoins d’un trajet. MOTOMORPHOSIS suspend ces critères. La question n’est plus de savoir si le RZ ou le RX est confortable, mais ce que leur transformation fait ressentir au public.

La présence de modèles fonctionnels à côté des sculptures donne au visiteur un point de comparaison concret. Camille peut passer d’un RZ 450e intact à Circle Car, puis observer à quel point les lignes initiales ont été poussées. Le même principe vaut pour le RX 450h+ et Twisted Car : l’original sert de mesure, tandis que la sculpture révèle l’écart. Cette scénographie évite que les pièces soient perçues comme des objets abstraits sans histoire.

Une liste de contrastes au cœur de l’exposition

  • Mobilité et immobilité : les SUV de série sont conçus pour rouler, tandis que leurs versions transformées sont destinées à rester exposées. Le transport en fourgon souligne concrètement cette rupture.
  • Fonction et contemplation : l’habitacle et la carrosserie n’organisent plus un usage pratique ; la silhouette devient le sujet principal du regard.
  • Objet industriel et œuvre : les modèles reconnaissables conservent leur lien avec Lexus, mais leur nouvelle forme les fait entrer dans le champ de l’art automobile.
  • Production et pièce singulière : un véhicule de série appartient à une gamme, alors que chaque sculpture est présentée comme une création spécifique issue de cette collaboration.

Cette opposition invite à réfléchir à la valeur que nous accordons aux objets selon leur utilité. Une voiture inutilisable peut-elle encore être considérée à travers les mêmes critères qu’un véhicule de route ? L’exposition suggère que son identité ne disparaît pas nécessairement lorsque sa fonction cesse : elle change de registre, passant du transport à la représentation.

En montrant simultanément les modèles de référence et leurs doubles déformés, Lexus rend cette transition compréhensible sans la réduire à un discours technique. L’immobilité devient ici un choix artistique qui révèle autrement la silhouette automobile.

MOTOMORPHOSIS, entre art automobile et créativité industrielle

La collaboration entre Lexus et MSCHF se situe à la rencontre de deux univers. Le constructeur apporte des véhicules conçus selon les exigences du design industriel, tandis que le collectif basé à Brooklyn est connu pour détourner des objets familiers et en modifier la lecture. MOTOMORPHOSIS ne cherche donc pas à proposer une nouvelle voiture de série : l’exposition utilise l’automobile comme point de départ d’une expérience artistique.

Ce déplacement est particulièrement parlant pour des modèles électrifiés. Le RZ 450e est entièrement électrique et le RX 450h+ associe recharge et motorisation hybride ; toutefois, les œuvres ne mettent pas en avant leurs performances ou leurs systèmes de propulsion. Elles s’intéressent plutôt à leur enveloppe visible, à leurs proportions et à la manière dont le public associe spontanément la forme d’un SUV à la mobilité.

Camille pourrait ainsi quitter l’exposition en se souvenant moins d’une fiche technique que d’une image : une voiture refermée sur elle-même, une autre prise dans une torsion spectaculaire. C’est l’un des mécanismes de l’art contemporain : transformer un objet connu pour créer une nouvelle question autour de lui. La reconnaissance immédiate des Lexus rend le geste accessible, tandis que l’impossibilité de les conduire entretient le décalage.

Une exposition qui déplace les attentes du public

Dans une présentation automobile traditionnelle, les visiteurs circulent autour des véhicules pour examiner les détails, imaginer l’habitacle et comparer les équipements. Ici, le regard se porte d’abord sur les déformations. Le public peut chercher comment une roue s’inscrit dans la boucle ou comment la carrosserie semble se vriller, puis revenir mentalement au modèle d’origine pour reconstituer le processus.

L’Armory Week offre à ces pièces un contexte où la surprise visuelle est attendue et discutée. Les sculptures ne sont pas isolées de toute référence : elles dialoguent avec la culture de l’automobile, les images numériques et la fabrication industrielle. Leur aspect de « glitch » matérialisé évoque une erreur d’affichage, mais l’assemblage d’acier, de fragments, de mastic et de peinture rappelle qu’une telle apparence demande un travail concret.

Le projet met également en évidence une forme de liberté créative rarement possible dans le développement d’un véhicule destiné au public. Un modèle commercial doit satisfaire des impératifs de sécurité, de confort et de fabrication reproductible ; une sculpture, elle, peut renoncer à ces exigences pour explorer une silhouette. Cette différence ne signifie pas que l’un des deux usages est supérieur : elle montre simplement que le même objet peut nourrir des démarches distinctes.

En définitive, ces créations ne cherchent pas à faire croire que les SUV ont réellement fondu ou se sont pliés sous une force mystérieuse. Elles organisent une illusion suffisamment convaincante pour que le visiteur ressente la transformation, tout en laissant voir les traces de leur construction. MOTOMORPHOSIS fait de la voiture non plus un moyen d’aller quelque part, mais une forme à regarder, à interpréter et à questionner.